15/04/2011: La presse nationale passe en revue les manifestations du weekend


Enfin, les grands titres nationaux commencent à ouvrir leurs unes à la fronde contre les gaz de schiste. Anticipant les nombreuses manifestations qui se dérouleront dans notre pays pendant deux jours, les journalistes font le tour des courants d'idées et des personnes impliquées dans cette histoire.

 


 

L'article du nouvel Observateur

 

 

En dépit des annonces de François Fillon, les opposants aux forages manifestent ce week-end pour continuer à faire pression sur le gouvernement.

 

Les opposants au gaz de schiste sont mobilisés ce week-end dans une grande partie de la France, refusant de se contenter des récentes annonces du gouvernement et promettant de ne désarmer qu'avec un renoncement ferme et définitif à ces hydrocarbures.  (AFP)
Les opposants au gaz de schiste sont mobilisés ce week-end dans une grande partie de la France, refusant de se contenter des récentes annonces du gouvernement et promettant de ne désarmer qu'avec un renoncement ferme et définitif à ces hydrocarbures. (AFP)

Les annonces de François Fillon n'y ont rien changé. Les opposants au gaz de schiste sont mobilisés le week-end du 15 avril, pour exiger l'abandon définitif de l'hydrocarbure tant contesté. José Bové en tête, ils  promettent de ne cesser le combat que lorsque l'ensemble des exploitations auront été interdites en France. 

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Face à une montée en puissance de cette contestation, relayée par les parlementaires de tous bords politiques, François Fillon a fini par annoncer mercredi 13 avril qu'il fallait "tout remettre à plat" concernant l'exploitation du gaz de schiste et que les autorisations de forages déjà consenties seraient annulées. Un projet de loi d'urgence allant en ce sens, présenté par l'UMP Christian Jacob, doit être examiné le 10 mai à l'Assemblée. 

Le chef de file des députés PS Jean-Marc Ayrault a également écrit au président de l'Assemblée et au ministre chargé des relations avec le Parlement pour que la proposition de loi PS soit débattue en même temps.

Mais cela ne suffit pas à apaiser les anti-schistes. Des milliers de manifestants étaient ainsi attendus samedi à Nant, Avignon, Brignoles, Marseille, Meaux ou encore Lyon, et dimanche à Cahors et Blyes.

A l'origine de leur colère : un hydrocarbure naturellement contenu dans certaines roches du sous-sol, et dont l'exploitation était sur le point de débuter en France. Une ressource fortement émettrice de CO2, et convoitée par les grands industriels alors que le pétrole se fait de plus en plus rare.

 

Autorisations discrètes

 

Pour extraire ce précieux gaz, les pétroliers doivent procéder à une "fracturation horizontale" de la roche, soit l'injection d'eau à très haute pression alliée à du sable et à des produits chimiques. Et les écologistes s'inquiètent de ce que ces produits puissent se retrouver dans les nappes phréatiques. Sans compter l'impact des forages sur le paysage, ou encore l'utilisation massive d'eau.

Des permis avaient discrètement été accordés en mars 2010 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Ecologie pour l'exploration de gisements de gaz de schiste dans le sud de la France. Depuis, le gouvernement a fait marche arrière, face à une fronde qui s'est étendue à toutes les zones concernées par les forages.

Aux Etats-Unis, le documentaire Gasland du réalisateur Josh Fox, qui dénonce l'impact environnemental de l'exploitation du gaz de schiste à Fort Worth a fait scandale. On y voit notamment un habitant enflammer l'eau sortie de son robinet (à 2 minutes et 24 secondes dans la vidéo ci-dessus), apparemment contaminée. Ces images, qui ont fait le tour de la toile, ont beaucoup joué sur l'opinion des Français.

 

Inquiétude

 

Et si les anti-gaz de schiste se disent "contents" d'avoir été entendus par le gouvernement, ils restent vigilants face aux annonces. "On ne nous donne aucune garantie sur l'abrogation des permis et l'annulation des études en cours", estime Anne Lacouture, assistante parlementaire de José Bové.

"On est même inquiets, car François Fillon dit qu'il ne veut pas fermer la porte à des progrès technologiques". Sous-entendu du Premier ministre : le gouvernement se réserve la possibilité d'autoriser de nouveau les forages si la recherche permettait d'épargner l'environnement.

Lobbys

Les lobbys des pétroliers ne sont jamais loin. Dans une "lettre ouverte aux députés", les membres de "l'Association des foreurs d'huile et de gaz de schiste" disent leur "vive stupéfaction" face à ce projet d'interdiction. Et se targuent de pouvoir exploiter "proprement" les gisements de gaz de schiste.

Les auteurs de ce courrier affirment ainsi que "les produits chimiques (…) sont abandonnés depuis quelques années". "A notre connaissance, il n'y a jamais eu de nappes phréatiques contaminées pour la simple raison qu'elles sont toutes tubées", donc protégées par un "cuvelage en acier", ajoutent-ils.

 

"Solutions magiques"

 

Pour Hervé Jourde, chercheur en hydrogéologie à l'université de Montpellier, le "cuvetage"  des nappes pourrait bel et bien les protéger des contaminations, mais "tout dépend de la zone à laquelle vous vous attaquez", nuance-t-il. Dans une fine couche sédimentaire imperméable, un tir de "fracturation" peut selon lui déboucher sur "une problématique". Pour ne pas dire un écoulement de l'eau contaminée dans d'autres couches du sol, via les fissures engendrées.

"Depuis le temps qu'on nous promet des solutions technologiques magiques… j'ai du mal à y croire !", s'offusque de son côté Benoit Hartmann de France nature environnement, collectif qui appelle au rassemblement ce weekend.

"Le risque sera présent quelque soit la technique de fracturation", estime le porte-parole écologiste. Quant aux produits chimiques, "je veux bien leur accorder le bénéfice du doute, mais de toute façon, ils doivent utiliser des solvants pour extraire le gaz de schiste". Et quoiqu'il en soit, conclut-il, "plus on prolonge ce système dépendant des hydrocarburants, moins on développe les énergies renouvelables, et plus on gave l'atmosphère de CO2. A ce rythme là, on ne va jamais s'en sortir !" 

 

Laura Thouny - Nouvelobs.com

 

 


 

Le Figaro

 

En dépit de l'annonce d'un projet de loi UMP visant à interdire ces hydrocarbures en mai, la mobilisation se poursuit. Des manifestations sont organisées depuis vendredi et jusqu'à dimanche dans toute la France.

 

Les opposants au gaz et au pétrole de schiste ne vont pas se contenter des récentes annonces du gouvernement qui envisage d'interdire l'extraction de ces hydrocarbures en mai. La coordination nationale des collectifs opposés au gaz et au pétrole de schiste organise depuis vendredi jusqu'à dimanche une série de rassemblements dans le Sud et l'Est, ainsi qu'en région parisienne, dans des zones où le gouvernement a délivré des permis d'exploration ou en a étudié la possibilité.

Des manifestations ont eu lieu samedi à Marseille (photo) mais aussi à Meaux (de 1500 à 2000 personnes rassemblées) ou à Donzère dans la Drôme (environ 4000 personnes). D'autres défilés étaient annoncés à Rousson (Gard), à Lyon (Rhône) et Lons-le-Saunier (Jura). Dimanche, décrétée «journée nationale de mobilisation», d'autres rassemblements sont prévus à Cahors (Lot) et Blyes (Ain). Les manifestants demandent une nouvelle fois le renoncement ferme et définitif à ces hydrocarbures. Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a appelé vendredi à participer aux mobilisations.

Les récentes prises de position du ministère de l'Écologie et du premier ministre, si elles ont un peu rassuré les opposants, ne les ont pas entièrement convaincus. Ils se refusent donc à relâcher la pression. «On voit qu'on est entendu (...) Maintenant, nous, on demande l'abrogation et ce n'est qu'à ce moment-là que la mobilisation s'arrêtera», a expliqué Anne Lacouture, l'assistante de José Bové, chef de file de la contestation.

Le député européen Europe Ecologie participera dimanche à la mobilisation dans son fief aveyronnais, à Nant, qui a donné son nom à l'un des permis délivrés par l'ancien ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo. Ces derniers autorisent de grands groupes gaziers et pétroliers à prospecter dans des zones qui pourraient contenir du gaz de schiste. Le ministère de l'Écologie a reconnu que trois permis accordés dans la région en mars 2010 étaient destinés à la prospection de ces hydrocarbures non-conventionnels. Le flou législatif qui règne actuellement sur la question ne permet pas de savoir avec certitude si d'autres permis délivrés ces dernières années ne visent pas également à rechercher puis extraire du gaz de schiste.

Un rapport attendu par François Fillon

Devant le vent de fronde, le premier ministre François Fillon a annoncé mercredi l'annulation des permis déjà accordés. La ministre de l'Écologie Nathalie Kosziusko-Morizet avait déjà demandé la suspension des travaux de prospection en février, une forme de moratoire de facto. Un projet de loi doit être examiné en procédure d'urgence à partir du 10 mai à l'Assemblée pour interdire formellement leur extraction.Si l'interdiction est votée, elle pourrait toutefois n'être que temporaire. François Filllon attend notamment le rapport d'une mission «pour mieux appréhender les gaz de schiste». A terme, un aménagement du code minier permettant d'encadrer rigoureusement l'extraction de ces hydrocarbures n'est pas inenvisageable, affirment d'ailleurs des spécialistes.

François Fillon a donné mercredi l'impression que le gouvernement se réservait la possibilité de «refaire passer» ses projets «d'une façon peut-être un peu plus acceptable la prochaine fois», a estimé Anne Lacouture. «Pour nous, c'est pas acceptable, quelle que soit la façon dont ça se fait», a-t-elle ajouté. Les techniques employées pour libérer l'hydrocarbure emprisonné dans la roche, l'injection à très forte pression d'eau mélangée à des produits chimiques, fait craindre des pollutions des nappes phréatiques, le saccage des paysages et de l'environnement et la mise en péril d'économies reposant, comme dans l'Aveyron, sur une agriculture de qualité et sur le tourisme.

 

 


 

 

Fance Soir

 

Les militants écologistes protestent contre les extractions de gaz de schiste
Les militants écologistes protestent contre les extractions de gaz de schiste MaxPPP

« Restons mobilisés » : le mot d'ordre est clair, les opposants au gaz et au pétrole de schiste n'ont pas l'intention de désarmer. Ce week-end, ils vont se rassembler par milliers dans le sud-est de la France et le Bassin parisien, où des travaux d'exploration des sous-sols devaient être menés. Comme Philippe, habitant d'un village ardéchois, qui vit près d'une zone de prospection. « La révolte est extrêmement forte. Les gens se sont sentis trahis par le gouvernement, qui a autorisé les grands groupes gaziers à fouiller la région sans même les prévenir. On a vu des chasseurs s'asseoir autour d'une table et tomber d'accord avec des écologistes, du jamais-vu ! Nous allons tous manifester pour montrer que nous restons vigilants. »

Revirement soudain du gouvernement

Le gouvernement a tenté de calmer le jeu dès mercredi en exprimant sa volonté d'annuler les permis d'exploration délivrés entre 2008 et 2010 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Ecologie. « Les autorisations qui ont été données l'ont été dans des conditions qui ne sont pas satisfaisantes. J'en prends, en tant que chef du gouvernement, ma part de responsabilité », a déclaré François Fillon devant les députés.

Une reculade pour mieux rejoindre le front uni des parlementaires contre les gaz de schiste. Le PS et l'UMP ont déposé depuis fin mars trois propositions de loi visant à interdire l'exploration et l'exploitation de ces hydrocarbures en France. Trois textes rassemblés en un seul, qui sera examiné le 10 mai prochain par l'Assemblée. Parmi les auteurs de ces textes... Jean-Louis Borloo, qui a exprimé ses regrets. « Le droit ne donne toujours pas à l'Etat et au public les moyens de s'informer et de s'opposer efficacement à des projets susceptibles de s'avérer dangereux », s'est-il justifié.

Une technologie controversée

 

L'enjeu est grand : la perspective d'accéder à l'indépendance énergétique un jour, tant pour le gaz que pour le pétrole, est séduisante. Or il y aurait peut-être des dizaines de milliards de mètres cubes de gaz et de litres de pétrole emprisonnés dans la roche à quelques kilomètres de profondeur. Pour les en extraire, il faut utiliser une technologie qui, selon les premières constatations, peut provoquer de lourds dommages à l'environnement. La « fracturation hydraulique » perce la roche en envoyant de manière horizontale et à très haute pression un mélange d'eau, de sable et de produits chimiques pour libérer les hydrocarbures. Les écologistes accusent cette méthode de gaspiller de l'eau (entre 15 à 20 millions de litres par puits), de contaminer les nappes phréatiques en cas de fuite des canalisations, et de défigurer les paysages avec des puits de forage.

Une loi votée en urgence

La mobilisation de la classe politique, soudaine et tardive, pour interdire les gaz de schiste, a suivi la déroute des cantonales. Une visée de reconquête électoraliste qui n'a pas échappé aux collectifs. « Tout cela paraît trop beau pour être vrai. Nous avons de puissants groupes pétroliers en face de nous, d'où l'importance de rester mobilisés ce week-end », résume Philippe, du collectif ardéchois « Stop au gaz de schiste ».

Le choix d'un examen en urgence du texte de loi paraît d'autant plus significatif que, en février, le ministre de l'Industrie, Eric Besson, et la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, ont commandé un rapport pour établir les enjeux et les risques de l'exploitation du gaz et du pétrole de schiste, rapport qui ne sera rendu que fin mai, soit trois semaines après l'examen de la loi. 

"En région parisienne, on passe à côté de 60 à 100 milliards de barils de pétrole"

Chez Toreador, firme américaine chargée des travaux de prospection du pétrole de schiste en Seine-et-Marne, on évite soigneusement toute réaction officielle au gel des prospections. Mais, officieusement, les langues se délient pour dénoncer le gel des prospections, jugé absurde. « On a affaire à un mouvement irraisonné de peur, on assiste à une levée de boucliers avant même que l'on sache si il y a quelque chose à extraire dans les sous-sols. Il aurait été préférable que le gouvernement décide d'un moratoire sur la technique de fracturation hydraulique qui est tant contestée. Nous n'avions pas l'intention d'utiliser cette méthode avant 2013 et, d'ici là, les techniques auront évolué. D'ailleurs, nous sommes prêts à publier la liste des adjuvants chimiques employés pour fracturer la roche, pour prouver que ce ne sont pas des produits qui endommageraient irrémédiablement l'environnement. Quant à l'argument de dire que les puits défigurent les paysages, il faut rappeler que l'agriculture intensive s'en est chargée avant nous, et que les puits ne s'élèvent qu'à 1,20 m de hauteur. »

Les lourds dommages écologiques provoqués aux Etats-Unis ? Rien de comparable, veulent convaincre les employés de la firme. « Là-bas, les contrôles sont beaucoup moins rigoureux. Certaines entreprises ont fait des économies sur la qualité des canalisations, ce qui est criminel. En France, ce qui est criminel, c'est de passer volontairement à côté d'une véritable richesse. Selon l'Institut français du pétrole, il y aurait entre 60 et 100 milliards de barils de pétrole dans les roches de schiste du Bassin parisien, soit entre 90 et 150 années de consommation actuelle de la France. C'est incompréhensible de faire venir du pétrole d'ailleurs si l'on en a. Si l'interdiction est votée, nous demanderons à l'Etat qu'il nous verse un dédommagement. »

 

 



16/04/2011

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