08/03/2011: Huiles de schiste : Toréador ne prend pas garde à ses contradictions


Contrairement aux informations diffusées aux populations, le groupe pétrolier Toréador veut prospecter des couches de schiste en Seine-et-Marne, selon un rapport de gestion que s’est procuré OWNI.

Dans le document présenté le 30 juin 2010 aux actionnaires de la société, dont Julien Balkany est administrateur indépendant, on peut lire :

Cet accord devrait se traduire par la réalisation en 2010 d’au moins deux puits pilotes pour tester le thème Liasique non conventionnel sur le permis de Château Thierry.

Or l’expression « thème Liasique » désigne en termes géologiques les fameuses couches de schiste. C’est dans ces profondeurs, au delà de 2000 mètres sous le niveau de la mer, que se forment les gaz et huiles de schiste, dits hydrocarbures « non conventionnels ».

Des ressources qui ne peuvent aujourd’hui être exploitées autrement que par la technique brutale de fracturation hydraulique, principale raison du mouvement d’opposition à ce type d’exploration minière qui s’est récemment étendu au Bassin parisien.

Des « forages classiques », disent-ils

A la veille de la manifestation qui a réuni ce samedi 5 mars 1500 à 3000 personnes dans la commune de Doue où une plate-forme est implantée, Toréador et son partenaire Hess avaient diffusé une lettre contredisant les inquiétudes des écologistes et des riverains :

Le projet de recherche de pétrole à Doue porte uniquement sur la recherche de nouveaux gisements d’huile dans la roche carbonatée. […] Dans ce but, nous devons forer un puits de recherche. Ce forage sera classique comme il en existe des centaines dans la région, selon les mêmes techniques employées depuis plus d’un demi-siècle et ce dans un cadre strict de préservation de l’environnement.

En dehors des géologues et connaisseurs des sous-sols seine-et-marnais, pas sûr que tous les habitants de Doue aient reconnu derrière le terme « roche carbonatée » le calcaire de Brie typique du plateau sur lequel est juché Doue. Le passage suivant a, en revanche, de quoi rassurer les riverains.

 

Ces forages « classiques », on les connaît bien : dans ce coin d’Île-de-France, la terre est persillée de vieux derricks qui crachotent quelques gouttes de bruts de temps à autres (environ 700 puits autour de Doue). Des puits qui n’ont jamais débordé sur les nappes phréatiques ou causé de problème. Rien de bien neuf.

Sauf que le rapport de gestion présenté aux actionnaires le 30 juin 2010 dit exactement le contraire :

De nouvelles demandes de permis sont également à l’étude pour accroître notre domaine minier et compléter les zones d’intérêts pour le thème « black shale » dans le centre du bassin notamment.

Ce bassin, c’est celui qui court de la Lorraine à l’Île-de-France et duquel Julien Balkany espère pouvoir tirer 4,5 millons de tonne de pétrole par an. Quant aux « black shale », ce sont les zones des couches profondes de schiste où se forme l’or noir de Toréador.

« Produire le réservoir » dans l’Aube

A quelques dizaines de kilomètres de là, un autre permis débute, dit « permis de Rigny-le-Ferron » (bourg d’une dizaine d’âme dans le pays Nogentais, à l’Ouest de l’Aube) où, encore une fois, Toréador jure à la presse locale qu’aucun projet de forage non conventionnel n’est prévu avant 2012. Là encore, dès la fin 2009, le rapport de gestion dit l’inverse :

Il est prévu en 2010 de forer un puits d’appréciation horizontal sur la structure de façon à produire le réservoir.

Plus clair, le passage omet seulement de préciser que « produire le réservoir » consiste à réaliser la procédure nécessaire à l’extraction. Autrement dit écarteler la roche par la méthode de « fracturation hydraulique ».

Partis d’autres documents mis en ligne sur les sites de la compagnie pétrolière française et de son partenaire Hess, l’ONG Greenpeace note également des contradictions édifiantes. Dans un Powerpoint présenté aux actionnaires, le schéma des couches visées par Toréador montre ainsi, à plus de 2000 mètres de profondeur, le feuilletage de schiste où se trouvent les gaz et huiles mentionnés dans les permis. D’autres allusions, dissimulées sous des références cryptiques, empêchent le moindre doute : détaillant les sites français, un « slide » 21 de la présentation compare le Bassin parisien à la « Bakken Shale » aux États-Unis. Un rapprochement qui prend tout son sel quand on sait que ces couches de schiste du bassin de Willitson sont désormais exploités par des pétroliers américains à grands coups de fracturation hydraulique.

Lost in translation

Contacté par OWNI, la communication de l’entreprise Toréador (gérée par le groupe EuroRSCG) dément avoir voulu laissé entendre qu’il ne s’agissait pas de forages profonds et donne une interprétation personnelle de la notion de puits « classiques ».

Nous avons toujours prévu des recherches au delà de 100 mètres. Quand nous parlons de puits classiques, nous voulons dire que le « rig » (ensemble des éléments composants la plate-forme de forage, NdR) est le même que celui utilisé dans les forages convetionnels à 500, 1000 ou 2000 mètres de profondeur. De même pour les tuyaux, le ciment, etc. Il s’agit des outils classiques d’exploration pétrolière.

Quant aux « roches carbonatées » où la lettre indique que les forages auront lieu, il semblerait s’agir… d’une erreur humaine !

Il a toujours été question de forer dans les couches de schiste. Un brouillon de la lettre nous est parvenu en anglais qui le précisait bien. Peut-être s’agit-il d’une erreur de traduction, Hess étant une société anglosaxone, cela pourrait se comprendre. Mais si nous avons fait une erreur, nous en sommes désolés.

Espérons que Toréador aura su trouver de bons traducteurs pour lire le code minier fraîchement réformé.

Photos : FlickR CC s.leture / OWNI CC BY Sylvain Lapoix.

 

 

La source ici 

 

 



08/03/2011

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